Guerres de religion : le pluriel
L’informatique est friande de “guerres de religion” : PC vs Mac, Windows vs Linux, Atari vs Amiga, Microsoft vs Reste du monde, etc.
Le secteur des noms de domaine n’est pas en reste, et le débat fait régulièrement rage autour de 2 points : pluriel ou pas pluriel ? tirets ou pas tirets ?
Les domaineurs ne manquent pas de questions existentielles, qu’elles soient linguistiques (singulier ou pluriel), ergonomiques (tirets ou non), sémantiques (générique ou brandable), économiques (estimer la valeur), techniques (gérer et référencer), mercatiques (acheter, vendre, prospecter) ou encore ethiques (parquer ou exploiter).
Certains, par exemple, ne jurent que par les noms au singulier : courts et simples, ils seraient plus naturels pour l’internaute. A leurs yeux, la marque du pluriel est fortement dévalorisante.
Il est vrai aussi que de nombreuses expressions la supportent mal. Ainsi, les détenteurs de geolocalisations.com et de sveltes.fr, fiers d’avoir trouvé des “premiums” libres sur un secteur à fort potentiel, ont été très déçus des estimations plancher et des commentaires désobligeants de leurs pairs.
Mais au-delà des termes clairement “non dénombrables”, il faut sortir du discours passionnel et évaluer au cas par cas l’intérêt du pluriel selon l’exploitation possible du nom.
L’une des règles évidentes est l’adéquation nom/site : si le site Web correspondant concernera un ensemble (de biens, de produits, de services, de personnes), le pluriel sera potentiellement intéressant, tandis qu’il le sera beaucoup moins si le nom touche plutôt un élément unique (concept, produit seul, service seul, individu).
Exemples :
- Voluptueuses.fr sera pertinent si la promesse du site ou le sous-entendu du nom (ou encore le concept sous-jacent) est “monsieur, ici vous attendent plein de femmes voluptueuses”.
Pour Svelte.fr, la promesse du site sera plutôt “madame, découvrez ici comment (re)devenir svelte”. Le singulier serait dans ce cas plus pertinent.
- On peut envisager qu’un même nom, comme Prof(s)danglais.com, ait 2 usages différents. Au singulier, ce sera le site d’un prof qui vend ses services ou d’une méthode de langue. Au pluriel, ce sera un annuaire de profs ou un portail destiné aux profs. Ceci dit, le singulier conviendrait aussi au 2e cas, mais l’inverse n’est pas vrai, d’où une légère supériorité de la version sans “s”.
Quand on envisage d’acheter un nom, au-delà de l’aspect “générique” ou pas, il faut se poser 3 questions :
1) Le secteur d’activité — “quel public puis-je toucher ?” (formation individuelle, communauté d’internautes, …)
2) L’exploitation — “quel site puis-je monter avec ?” (blog, portail, annuaire, …)
3) L’utilisateur final — “qui est susceptible de me l’acheter ?” (lequel se posera bien sûr les 2 premières questions !)
On ne peut pas réfléchir qu’en terme de navigation naturelle (type-in), où la taille réduite et la simplicité priment. Un nom plus long sera parfois plus parlant, et s’il est bien référencé, 1 ou 2 “s” ne le pénaliseront pas !
Ne mettez donc pas les charrues avant le boeuf. Euh, pardon, la charrue avant les boeufs. ![]()
Et la prochaine fois, nous nous pencherons sur le cas du tiret, qui influe sur la longueur du nom, le référencement, l’esthétique, la prononçabilité, etc.
On attend avec impatience de nouveaux articles!
Quoi de neuf sous le soleil des NDD?